Monpazier
Adepte du camping depuis fort longtemps je suis toujours étonné par la quantité de sons que la nuit révèle. C’est dingue !
Ca me perturbe même...Et un
Pascal perturbé, vous savez tous que...
Non, mais, pouvez-vous m’imaginer, tout seul au milieu de nulle part dans la nuit noire?
Pouvez-vous imaginer comment ça travaille dans mon petit crâne rasé alors que je ne suis protégé que par une fine toile de tente?
Pouvez-vous m’imaginer enfoncé dans mon duvet, respirant que d'un poumon, à écouter si un « Hannibal Lecter » local ne s’approche pas d’un pas feutré vers ma tente armé d’une scie
sauteuse avec une rallonge de grosso-modo 12 km ? Un Hannibal qui n’a rien n’a foutre de sa nuit, qui vient de s’échapper d’un hôpital Périgourdin, qui tombe sur ma cache du jour, et qui a
une envie cruelle, terme approprié, de se faire un bout de mes abats.
NON MAIS PUTAIN VOUS VOUS L’IMAGINEZ CA, NON ?
Moi si.
Voyez-vous, mon imagination lors de la première nuit fut fort fertile, je ne vais pas vous mentir.
Les expressions « Dormir d’un œil » ou « Dormir en chien de fusil (armé) » ont pris un certain sens. Pas trop longtemps quand même...
Aaaah ça oui, c’est bruyant la nuit dans la campagne. Bon, fort souvent il s’agit de sons primitifs, plutôt rassurants, et loin d’être désagréables en fait.
Ainsi, mon appréhension fut vite effacée pour laisser la place à d’autres soucis sonores.
Autant le cri de la chouette, le chuintement de l’engoulevent, ou le chant du rossignol sont plaisants, autant les aboiements du chien de ferme sont insupportables.
Meilleur ami de l’homme ?
Le premier qui me sort ça, je lui fais bouffer mon riz de la veille. Le chien de ferme est orphelin, famélique, souvent attaché (pas assez souvent et avec une chaine pas assez longue), il gueule
sur les maigres passants, et se fait un malin plaisir de vous faire passer à vélo de 8 à 30 km/h plus rapidement que le petit coupé italien qui fait vous fait rêver messieurs. Souvent il hurle la
nuit en plus du jour, et inversement.
Moi, perso les animaux qui se lèchent ou se reniflent le cul, je les laisse aux autres (surtout que deux minutes plus tard, il vous lèche la main voire le
visage)
Un chien c’est super sympa…chez les autres, hein !
Siestaaaaa
Ce soir-là, en plus des sacs à puces, ce fut d’autres animaux, que je découvris nocturnes, qui m’occupèrent (on va dire ça comme ça !)
Cahors
Je m’étais couché avec un vent fort faisant claquer le tissu de ma tente - Il m’avait été difficile d’arrimer cette dernière sur le sol rocailleux et de tendre la
toile correctement. Je m’étais tout de même endormi heureux et rassuré de n’avoir reçu la visite de personne. J’adore ce moment où blotti dans mon petit igloo, j’entends les éléments se déchainer
(tant que les éléments se déchainent à l’extérieur, bien sûr, mais vous verrez ça dans quelques billets...).
Donc, vers 2h du matin, tandis que terminai mon premier cycle de sommeil et que je naviguai entre rêves et réalité (j’étais en train de mâchouiller mon oreiller en pensant à un bon magret),
j’entendis au loin (mais pas si loin) des vaches meugler…
Vers le Causse de Limogne
« Oh fuck ! Après les chiens, voici les vaches !»
« Ca meugle la nuit ces bestioles ? Ca ne dort pas pour produire un bon lait frais qui ira alimenter en calcium mes amis de la maison de retraite ? »
Ben non, il faut croire que celles qui furent mes compagnons de nuit, n’ont eu que ça à foutre.
Meugler.
Ah la vache !
Ah les vaches ! Ou les bœufs pour ce que j’en sais moi, la nuit tous les bovidés sont pareils, c’est comme les escargots ou les cerises.
Cremps
Vas-y que je te meugle, et vas-y que je te re-meugle. Meuglements courts et puissants, meuglements à répétitions, meuglements staccatos, meuglements legatos. Entre
deux rêves, j’en arrivai presque à m’imaginer leurs dialogues, c’est pour vous dire !
« Meuuuuh, tu l’as vu la petite dernière, meuh meuuuuh! »
« Meuuuuh, ouais, comment elle se la pète avec ses pis bien fermes meuuuuuh ça doit être les nouveaux pis-ail-pis qui la rendent comme ça ! »
« Meuuuuh, d’ici à ce que ça soit elle qu’on offre à Nono, le taureau, meuh »
« Meuuuh, rhaaaa, Nonooooo le taureau»
« Meuuuuh, arrête Arielle, tu te fais du mal, tu sais bien que Nono, c’est un vrai salaud, il se les fait toutes les nouvelles… »
« Meuh, la catin, meuuuuuuuuuuh ! »
Caché dans le Causse
Ça a duré toute la nuit…J’aurais aimé que d’un seul coup d’un seul, elles se mettent à chuchoter. Oh, oui s’endormir aux sons des chuchotements des vaches…
Ça chuchote la vache au fait ?
Malheureusement ce ne fut pas le cas et inutile de dire que je me suis levé avec très grosse envie d’un bon tournedos grillé accompagné par une sauce à l’échalotte.
A suivre...

