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J’aurais pu vous écrire en quelques lignes que j’ai fait ça ou ça ce weekend (mit à bout à bout ça fait « caca » d’ailleurs, et c’est drôle non ?), mais j’adore
Michel Drucker et je pousse le suspense jusqu’à vous obliger à lire ce long article pour connaître mon résultat du jour (écrit pour l’occasion dans un bain chaud où flotte des pommes de pin et
des feuilles d’artichaut).
Ça fait bien longtemps que je ne vous ai pas narré une course. Une belle et jolie narration faite de phrases aussi longues que ma robe de marié, une narration aussi
longue que mes couettes, une narration aussi longue que chiante peut-être bien que même aussi d’abord !
C’est vrai, je vous parle de tout sauf de la course en soi dans ces billets blog.
C’est mal.
En plus que même, je ne vous parle plus des entraînements que je fais « days in and days out». Je sais bien que j’ai perdu les deux lecteurs qui venaient
m’espionner pour connaître les secrets de ma jeunesse éternelle, de ma beauté plus éternelle, et de mon humour sempiternel.

This morning, quand j’arrive sur les lieux des hostilités, il est fort tôt. Tellement tôt que je pense un instant que je suis au mauvais endroit le mauvais jour.
Fort heureusement, je suis bien vite rassuré car les femmes aux seins nus sont déjà là à se cailler les miches sur les bords du ru local. Il y a aussi une structure gonflable dans laquelle je
vais pouvoir jouer après ma course : Youpiiiie !
Le temps de serrer quelques pognes, de psalmodier deux Ave Maria, de faire 12 fois pipi, de changer mes essuie-glaces et hop, je file sur la ligne de farine posée
là dans le champ gelé.
Voilà « j’y est ! »

A 10h54, il fait très beau, il fait assez froid, je blague, je souris bêtement aux photographes, je fais coucou aux femmes aux seins nus, et je me tire sur
l’asticot comme le font nerveusement tous les hommes quand il s’agit de se concentrer ou bien de dire à sa mère qu’on a perdu son « cahier de vie » et que la maitresse va vous faire bouillir si
vous ne le retrouvez pas.
Mon sang se concentre désormais dans mes muscles et n’irrigue que très légèrement mon cerveau.
Je suis un animal, un tapir, non pas un tapir, un maki, non pas un maki, un lévrier afghan, non pas un lévrier afghan, je suis moi, Pascal l’animal, Pascal la
Cigale, Pascal le crotale…Tssssssssss !
Seules mes fonctions vitales sont assurées : rot, pet, et crachat.
Nous sommes un peloton d’à peine 80 vieux humains - le plus large de la journée, ça fait bien longtemps que les gens ont quitté les champs de
labour.
L’air pur et frais de la Sologne me pique le visage.
Je suis prêt.
Je suis un animal…

Au coup de feu, les ondes sonores frappant mon tympan m’envoient le message suivant :
« cours, mon ‘ti bibi, cours, fuis aussi si tu peux…» et mes jambes se mettent en action (mes deux jambes en plus). Tout de suite, je suis aux avant-postes et tout de suite je prends
conscience que je n’ai pas serré suffisamment mes chaussures – peur de réveiller ma ténosynovite. Elles se déchaussent et ne tiennent pas très bien – les pointes à scratch c’est nul!
Néanmoins, je fais abstraction de ce « souci », et au bout d’un kilomètre, je prends les devants. Le parcours est roulant avec de nombreux virages à 12, 45, 66, 90, 180, 360, 720 degrés qui ne me
permettent pas de lancer la machine, mais à la limite, ce n’est pas grave.
Je suis à MON allure.
On pense que je suis fou, les femmes aux seins nus crient à chacun de mes passages :
« Hiiiiiiiiii ! Hiiiiiiii ! ».
Suis-je fou de mener si tôt ? Meuh non, je suis confiant de ma force (j’ai passé 3 x 2000m en 6’30, il y a une semaine, et j’ai aussi
réussi ma soupe aux poireaux).
Pendant, le reste de la course, je vais mener et imposer mon train, mes accélérations, ma vitesse, mes freinages, mes pets un peu aussi. Avec le dernier kilomètre
qui se dessine, un des coureurs qui n’a fait que gentiment suivre, place une attaque, me traite de « moufette », et me tire la langue. J’hésite entre l’abandon pour le dire à ma mère ou
bien poursuivre mes efforts. Vous l’avez compris (enfin j’espère que vous l’avez compris), je réponds par un sifflement de marmotte, et quand nous arrivons dans le dernier 500m, je sais que j’ai
presque le titre en poche : JE SUIS COUREUR DE 800m BORDEL! Je sais que je peux claquer un dernier 200m en moins de 30 secondes... Oui en moins de 30 secondes, mais uniquement si ma vie en
dépend, genre si un félin va me dévorer, genre si j’ai une gastro et je suis coincé au milieu du rang dans une salle de cinéma, genre si il y a une jupe sympa dans ce magasin le jour des
soldes.

Je gagne donc le titre de champion départemental vétéran pour la première fois de ma vie. A l’arrivée, le journaliste du coin m’interpelle pour me poser les
questions d’usage (taille de pantalon, tension artérielle en apnée, et classement au Jokari). On me passe un micro pour que je raconte la course et aussi que je parle de ma vie difficile de
petit, chauve, et vieux. J’élude tout ça et je me mets à chanter « Mille Colombes », or on m’arrête tout de suite : Dommage !
Merci à P pour les photos
Je suis content, content de partager ce moment avec des athlètes de mon club que je côtoie chaque semaine, content de partager ce moment avec le champion
départemental d’escalade, content de partager ça avec mon ami d’enfance, content de partager ça avec mon président de club, content de partager avec tout le monde en fait…
Merci à toutes les personnes m’ayant gentiment encouragé…
"Que la paix soit sur le monde
Pour les cent mille ans qui viennent
Donnez-nous miiiiille colombes"
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